Tokyo Fashion Show

Site dédié à la mode japonaise.

Articles

La tendance kimokawa ou comment etre mignon a faire peur

Posted by MiNi on October 4, 2012 at 10:20 AM

Le premier meeting parisien du TFS qui aura lieu le 17 novembre 2012 a pour thème le kimokawa mais connaissez-vous bien cette tendance ? Si ce n'est pas le cas, voici un petit cours de rattrapage pour vous y préparer.


I-Définition: 

Le terme « kimokawa » découle de la contraction de deux mots « kimoi » et « kawai », le premier signifiant « laid, étrange, repoussant » et le second « mignon ». Le kimokawa, c'est donc une tendance qui associe ces deux aspects, la laideur repoussante et dérangeante ainsi que le mignon adorable et attirant. Cette curieuse combinaison connaît depuis longtemps un certain succès mais celui-ci s'est encore accru dernièrement. On la connaît aussi sous d'autres appellations que l'on emploie parfois un peu à  tort comme des synonymes, le « gurokawai » et le « creepy cute » ou «pastel goth». Le « gurokawai » est, comme son nom l'indique, un mélange de grotesque et de kawai, le côté trash, sanglant est dans ce cas nettement plus accentué que dans le kimokawa. Le « creepy cute » de nos amis anglophones se rattache aussi au « kimokawa », l'accent étant là au contraire davantage mis sur le côté mignon qui va être particulièrement développé. Vous l'aurez compris, le kimokawa se situe à la juste frontière entre les deux, ni trop mignon, ni trop trash, il constitue un bon compromis. Les limites entre ces différents courants sont cependant minces et il est parfois difficile de les distinguer. 

L'un de ces termes vous parle forcement tant il est actuellement difficile de d'éviter cette tendance. J'utilise volontairement le mot tendance car parler de style dans ce cas précis serait abusif. Le kimokawa c'est avant tout une manière de jouer avec des accessoires, des motifs, une ambiance que l'on peut appliquer à tous les styles. Lolitas, harajuku kids, gyarus....personne dans le monde de la pop culture n'est épargnée par cette tendance.

L'une des représentantes emblématiques du kimokawa est bien sûr la reine du nouvel Harajuku, Kyary Pamyu Pamyu. En bonne prêtresse des nouvelles tendances pop, elle n'a pas tardé à en faire sa marque de fabrique. Son dernier clip Fashion Monster, très influencé par l'approche d'Halloween, est d'ailleurs tout à fait dans l'esprit de ce mouvement.

You need Adobe Flash Player to view this content.


Élément important à noter : la musique et son univers ont été employé pour la vidéo de lancement de la marque g.u. (marque proche d'Uniqlo dont l'excentricité n'est pourtant pas la première caractéristique)   Fascinant comme tout se recoupe n'est ce pas ?                                            Lien de la vidéo de lancement: http://fashionmonster.gu-japan.com/#/top

Avant d'aller plus loin, voyons ensemble les grandes règles de bases du kimokawa:

 

-Règle n°1 : ne pas avoir peur de s'enlaidir : avoir un physique étrange ou déroutant est un plus. Kyary est passée maître dans cet art avec ses fameuses grimaces mais ce n'est pas la seule. Hirari Ikeda à ses débuts a su s'imposer comme un modèle du genre grâce à son expression et son regard sombres.

      

                                                                       Kyary Pamyu Pamyu


    

                                                                 Hirari Ikeda


-Règle n°2 : les accessoires glauques seront vos amis. Globes oculaires dans les cheveux, crâne sur le haut et squelettes sur le collant alliés à une coiffure innocente et des couleurs pastels, voilà qui fait de vous une parfaite creepy doll en un rien de temps.

Quelques images de cette tendance: 

         

                                       Les deux icônes d'Harajuku, Kyary  et Kurebayashi 

  

  

  



-Règle n°3 : ne sous-estimer pas le rôle de la coiffure. Privilégiez des teintes douces voire pastels, donnez à vos cheveux une allure innocente, un peu sage si vous jouez sur les accessoires ou à l'inverse comme Kyary, adoptez une coiffure des plus creepy si votre style vestimentaire est moins explicite.

Les accessoires par excellence de ce style sont les globes oculaires et les mains de squelettes comme ceux que produit la marque Kreepsville, les collants et vêtements squelettes et les motifs chauve-souris.

Accessoires Kreepsville 666 :

     


Collants squelettes : (un vrai must have !)

      

Attention cependant à ne pas virer dans le gothique ou le rock. Pour être dans le kimokawa actuel, pensez à couper tout ce glauque avec des couleurs pastels ou du moins très lumineuses. Quand au maquillage, une allure de poupée conviendra parfaitement : maquillage simple, coloré si vous le préférez lourd ou gyaru suffira amplement. Là aussi évitez de surjouer la carte du noir et de l'inquiétant si vous ne voulez pas avoir l'air d'être en avance pour Halloween.

Quelques marques qui peuvent faire votre bonheur :

 

-Mishka (marque dont le logo est un globe oculaire):

   


-New Era (Monster Series) :

-Iron Fist :

     

-Listen Flavor :

  



-Monomania et son fameux ours dégoulinant:


-Glad news (marque très appréciée des rokku gyaru):

-Sex pot revenge :

A cette première liste on peut bien sûr rajouter Banana Fish, Peace Now, Tutuha et bien d'autres....Il est difficile de dresser une liste complète de toutes les marques que l'on peut rattacher à cette tendance autant au Japon qu'à l'étranger tant celle-ci est répandue. En effet, comme vous l'avez sûrement compris, les marques japonaises ne sont pas les seules à s'être emparées du kimokawa, les marques occidentales l'ont elles aussi fait depuis longtemps et ce pour une raison très simple, certes la version pop actuelle du kimokawa est relativement récente mais il s'agit en réalité d'un courant beaucoup plus ancien aux nombreuses ramifications.




II-Les origines :



Le terme « kimokawa » apparaît au Japon dans les années 1990 pour caractériser les mascottes régionales crées par le gouvernement. Ces étranges personnages symbolisent une spécialité locale ou illustrent un slogan. Faire-valoirs promotionnels des 47 préfectures de l'archipel, ils rencontrent vite un vif succès. Un festival annuel leur est d'ailleurs consacré et de nombreux produits dérivés à leurs effigies ont été développés. L'une des raisons du succès de ces personnages est justement cette alliance entre une apparence mignonne et des thèmes grotesques qui les rend attachants et provoque le sourire.


     

Melon kuma, mascotte de la ville de Yubari est comme son nom l'indique un ours dont la tête émerge d'un melon

Ce concept est donc profondément ancré dans la mentalité japonaise. Il transparaît dans beaucoup de domaines et explique par exemple le fort attachement des Japonais à des créatures à la fois repoussantes et mignonnes comme Stitch ou bien les Gremlins (eh oui le kimokawa est partout, je vous l'avais dit!). A ces icônes, il convient de rajouter d'autres influences comme celle du réalisateur Tim Burton dont l'univers décalé convient si bien à cette tendance.

La mode n'est bien sûr pas le seul domaine à connaître l'influence du kimokawa et des courants dérivés comme le gurokawai, tous les secteurs de la pop culture sont concernés. C'est dans cet esprit qu'ont vus le jour des personnages comme l'ours sanguinaire Gloomy Bear, ou les lutins des ouvrages Kobito Zukan de Nabata Toshitaka. Les œuvres de la mangaka pop Junko Mizuno incarne aussi parfaitement cette tendance. De même, il est difficile de ne pas penser aux créations des artistes de la kaikai kiki lancée par Takashi Murakami quand on songe à ce mélange unique d'innocence et de répugnance. C'est là en effet ce qui caractérise la variante japonaise. En Occident, le concept est connu mais l'accent est mis sur le côté gore et trash et l'ensemble est associé à un univers rock et très sexy. Au Japon, même si la touche rock et la connotation sexuelle peuvent être présentes, l'aspect mignon joue un rôle extrêmement important et diminue considérablement le côté sulfureux.

Gloomy bear

Les lutins du kobito zukan


    

                                           Illustrations de Junko Mizuno


Oeuvre de Takashi Murakami




Et côté mode alors? Eh bien là encore, je ne vous surprendrais certainement pas en vous disant que le kimokawa a fait son apparition depuis bien longtemps. L'un des premiers styles à avoir pleinement développé cette tendance est le lolita avec le guro lolita. Ce courant adopté par certaines gothiques lolitas dans les années 1990 et au début des années 2000 joue avec les codes des films d'horreurs. Souvent vêtues de blanc, la lolita semble blessée et couverte de sang. Ce look est repris par les horrors girls qui ont gardé la blancheur du vêtement et l'abondance de sang mais ont gommé l'appartenance au lolita en adoptant directement des tenues évoquant celles des infirmières.

     

Les groupes de visual kei ont bien sûr joué leur part dans ce phénomène en contribuant à mêler grotesque/gore et recherche esthétique. 


                                              Le groupe Lulu

De la même manière, les soirées Tokyo Decadance ont permis à cette tendance de s'installer durablement de le monde de la nuit en créant un univers aussi attirant que dérangeant.



III-Et maintenant ?

 

Aujourd'hui, le kimokawa a pris une forme moins explicite. Beaucoup plus sage et esthétique, il a conquis un public plus large et fait l'unanimité. Cette tendance qui a toujours été présente en arrière plan occupe de plus en plus une place de choix sur la scène tokyoïte. Ainsi, par exemple, le thème du défilé organisé par Re:No (modèle de Kera) à l'occasion du Music festival de juillet était Party Monster. Les modèles vêtues de créations délirantes ont alors défilé sous l'apparence d'adorables monstres (si cet événement vous intéresse, je vous invite fortement à lire le report d'Aiko sur le blog du TFS, Mainichi Fashion).

Mais les modèles de Kera ne sont pas les seules à surfer sur la vague kimokawa, la plupart des Harajuku Kids y ont aussi succombé comme le montre l'importance de ce thème dans les streets snaps. Même les gyarus n'y sont pas restées insensibles ! Un bon exemple étant les coordinations proposées pour les marques Fernopaa et  Glavil by tutuha :

     

Pourquoi cette mise en avant me direz vous ? Tout d'abord parce que le quartier d'Harajuku qui commençait à perdre de son importance est actuellement en plein essor. Il lui faut donc se renouveler et qu'est ce qui caractérise le mieux Harajuku que son extrémisme et son côté dérangeant ! Pour cela, rien de tel que de s'appuyer sur les bases de la pop culture qui l'ont façonné et notamment sur cette spécificité japonaise qu'est le kimokawa. Mais bien sûr un tel succès n'aurait pas été atteint sans un contexte international favorable. Et c'est précisément ce que nous pouvons voir depuis quelques temps sur la scène internationale avec, par exemple, l'apparition des zombies walks et plus généralement du phénomène d'addiction aux zombies. De même, la popularité grandissante de personnalités aimant mêler esthétique et bizarrerie comme Rick Genest alias Zombie boy, Lady Gaga ou Nicky Minaj a contribué indirectement à la montée en puissance de cette tendance.

 

Et vous cher(e) lecteur/trice, succomberez-vous au kimokawa ?



Article écrit par MiNi avec l'aide très précieuse de Sairen et Aiko

Sources: 

sur les mascottes régionales: le monde.fr

images: tumblr, japanese streets, tokyo fashion.com et sites des marques citées dans l'article. 






Categories: Styles et tendances

Post a Comment

Oops!

Oops, you forgot something.

Oops!

The words you entered did not match the given text. Please try again.

Already a member? Sign In

0 Comments